20120116 antériorité de la lecture

« We were never born to read. Human beings invented reading only a few thousands years ago. »

C’est ainsi que commence le best-seller de Maryanne Wolf, Proust and the Squid. C’est aussi le point de départ, le paradoxe que Stanislas Dehaene pose au départ de ses travaux sur la lecture: le langage est cablé par l’évolution, le long temps de l’évolution a pu l’installer dans les circuits neuronaux de notre cerveau. L’écriture en revanche est une pratique trop récente pour que notre cerveau ait pu en être « cablé », la temporalité de l’évolution est trop longue pour ça. Le paradoxe étant que Dehaene va trouver une unité transculturelle des mécanismes neuronaux de la lecture, assez analogue à ce qu’il en est pour le langage.

Et si ce point de départ, qui semble d’évidence, de la longue antériorité du langage sur l’écriture, n’était pas obligatoire? Et si nous pouvions poser l’hypothèse inverse de l’antériorité, de la très grande antériorité de l’écriture ou plus exactement de la lecture?

Je suppose que la suite de la lecture (je n’ai lu que la première phrase) me dira si l’hypothèse est complètement farfelue ou si je peux continuer à l’explorer.

P.5: les deux systèmes cablés que la fonction lecture doit utiliser: la vision et le langage. Or il semble bien qu’il y ait des fonctions très anciennement câblées entre la vision et la lecture, systèmes de reconnaissance de formes.

Un peu plus loin, MW reprend la thèse, que je retrouve chez Carr, et qui semble être la doxa la plus répandue, de la différence essentielle des processus neuronaux dans la lecture du chinois et dans celle de l’anglais. Soit la thèse exactement contraire à ce que je trouve chez Dehaene. Il y a derrière ça des enjeux de fond: je retrouve la thèse de la plasticité du cerveau qui est cruciale chez Carr (aussi dans la problématique des digital natives). Si nos outils informationnels restructurent nos circuits neuronaux, alors la mutation numérique, pour le meilleur ou pour le pire…

Si la question est d’importance, d’abord pour la clarté du débat, puisque l’on entend couramment que les caractéristiques de l’écriture couramment utilisée entraînent des différences de cablage du cerveau, avec généralement l’exemple du chinois, ensuite quant aux conséquences: plasticité du cerveau = action déterminante des technologies informationnelles = mutation anthropologique, etc., elle n’est pas si facile à résoudre. Je peux toujours citer Dehaene et invoquer les données qu’il met à jour, on arrivera toujours à invoquer d’autres données qui montrent qu’il y a effectivement des différences. Le souci tient à « important ». Tout dépend de ce qu’on entend par important. « Important » équivaut-il ici à essentiel? De fait on peut acquiescer à l’une ou l’autre des thèses selon l’endroit où l’on place le curseur. Pour clarifier les choses, plutôt que d’arbitrer entre deux thèses, il faut, me semble-t-il, examiner deux points:

  • d’abord ce qu’il en est au niveau fonctionnel et procédurale: le processus global de lecture est-il, quant à son dessin global, différent chez les chinois (ie chez les utilisateurs d’une méthode idéogrammatique, une écriture de mots)? et en quoi?
  • comment, en termes quantitatifs, les variations culturelles se mesurent-elles par rapport aux variations individuelles?

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